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Politique de santé ARS CLS CPTS Territoires

ARS, CLS, CPTS : comment fonctionne vraiment la politique locale de santé en France ?

Trois sigles omniprésents dans les textes officiels. Trois outils aux logiques distinctes. Et un seul vrai défi : organiser la santé au plus près des gens, dans un pays qui a longtemps cru que l'égalité territoriale allait de soi. Agences Régionales de Santé, Contrat Local de Santé et Communautés Professionnelles Territoriales de Santé : découvrez les coulisses de la santé locale en France.

Par Publié le 29 mai 2026 Mis à jour le 22 septembre 2026 18 min de lecture

Il y a une France où trouver un rendez-vous chez un médecin généraliste prend trois semaines. Elle existe et peut-être y êtes vous confronté.e. Elle est peut-être à 10 minutes de chez vous. Et il y a une autre France, une France où la maison de santé pluriprofessionnelle a été inaugurée l'année dernière avec des fanfares d'élus, de tapis rouge et coupettes de champagne. Entre ces deux France, on trouve une quantité considérable d'acronymes, de contrats, de schémas et de plans d'action qui n'ont plus de sens que pour ceux qui les écrivent. Tout ceci peuple pourtant les discours officiels en transformant trop rarement le quotidien des habitants.

Les politiques locales de santé s'articulent en France autour de trois outils principaux : les Agences Régionales de Santé (ARS), qui portent le pilotage régional ; les Contrats Locaux de Santé (CLS), qui formalisent les engagements entre une ARS et une collectivité ; et les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), qui organisent la coordination entre professionnels à l'échelle d'un bassin de vie. Ces trois outils ne sont pas concurrents, au contraire ! Ils sont complémentaires. Mais les comprendre séparément est un prérequis pour saisir comment s'articule l'action publique en santé sur un territoire.

Cet article est un tour d'horizon structuré. Il s'adresse aux professionnels de santé, aux élus locaux, aux directeurs d'établissements et à quiconque veut comprendre, sans jargon superflu, comment fonctionne l'architecture de la santé de proximité en France en 2026.

En bref

  • L'ARS pilote : elle fixe le cap régional dans le projet régional de santé, autorise et finance.
  • Le CLS contractualise : il lie une ARS et une collectivité sur un territoire, au titre de l'article L. 1434-10 IV du code de la santé publique. Le détail complet du contrat local de santé.
  • La CPTS organise : elle vient des professionnels de santé eux-mêmes, pas des institutions, et relève de l'article L. 1434-12. Le détail complet de la communauté professionnelle territoriale de santé.
  • Le GHT mutualise : coopération obligatoire entre hôpitaux publics d'un même territoire, sous pilotage ARS. Le bilan à dix ans et la circulaire du 29 juillet 2026.
  • Aucun de ces outils n'a de pouvoir contraignant sur l'installation des médecins libéraux. C'est la limite structurelle commune aux quatre.
  • Résultat en 2025 : 87 % du territoire national classé en situation de fragilité médicale.
Les six sigles à connaître pour lire une politique locale de santé
SigleSignificationQui en est à l'origineBase légale
ARSAgence régionale de santéL'ÉtatLoi HPST, 21 juillet 2009
PRSProjet régional de santéL'ARSArt. L. 1434-1 et suivants CSP
CLSContrat local de santéARS et collectivité territorialeArt. L. 1434-10 IV CSP
CPTSCommunauté professionnelle territoriale de santéLes professionnels de santéArt. L. 1434-12 CSP
GHTGroupement hospitalier de territoireL'État, de façon obligatoireLoi de modernisation du 26 janvier 2016
MSPMaison de santé pluriprofessionnelleLes professionnels de santéArt. L. 6323-3 CSP
18 ARS en France métropolitaine et outre-mer
850+ CPTS actives fin 2024, couvrant ~90 % de la population
87 % du territoire national classé en situation de fragilité médicale en 2025

ARS : qu'est-ce qu'une agence régionale de santé et que fait-elle ?

Une agence régionale de santé est un établissement public de l'État, créé par la loi HPST du 21 juillet 2009, qui pilote la politique de santé à l'échelle d'une région. Elle autorise et finance les établissements, organise la prévention, inspecte les structures et coordonne la réponse aux crises sanitaires. La France en compte 18.

Les ARS sont nées le 1er avril 2010, dans le sillage de la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) du 21 juillet 2009. Avant leur création, la politique de santé régionale était éparpillée entre les DRASS (directions régionales des affaires sanitaires et sociales), les ARH (agences régionales de l'hospitalisation) et les URCAM (unions régionales des caisses d'assurance maladie). La loi HPST a fusionné tout cela en un guichet unique régional.

L'idée de départ était simple : un interlocuteur unique, capable de piloter à la fois la prévention, l'organisation des soins, l'offre médico-sociale et la gestion des risques sanitaires, en adaptant les orientations nationales aux réalités locales. En pratique, les ARS sont des établissements publics de l'État, placés sous la tutelle du ministère en charge de la santé et coordonés par un Conseil National de Pilotage (CNP) au niveau national.

Que fait concrètement une ARS ?

Chaque ARS décline ses priorités dans un Projet Régional de Santé (PRS), document programmatique dont l'action se projette sur cinq ans et élaboré après consultation du Préfet de région, du Conseil régional, des conseils départementaux et de la Conférence Régionale de la Santé et de l'Autonomie (CRSA). Ce document définit les objectifs en matière de prévention, d'accès aux soins, d'organisation des parcours et d'accompagnement médico-social.

Au quotidien, une ARS gère l'autorisation et le financement des établissements de santé (hôpitaux, cliniques, EHPAD, services de soins à domicile), pilote les campagnes de prévention régionales, inspecte les structures sanitaires, et coordine la réponse aux crises sanitaires. Elle s'appuie pour cela sur des délégations départementales, antennes locales censées assurer la proximité avec les acteurs du terrain.

C'est précisément ce dernier point qui fait débat. L'ARS Auvergne-Rhône-Alpes, par exemple, couvre 8,1 millions d'habitants avec un budget de 84 millions d'euros en 2024 et collabore avec plus de 4 000 maires. À cette échelle, et sur une superficie de près de 70 000 km², la notion de proximité se heurte vite à des limites structurelles.

Focus ARS Auvergne-Rhône-Alpes : Avec une région couvrant des zones urbaines denses et des massifs montagneux, l'ARS AuRA doit concevoir des politiques capables de répondre à des réalités aussi différentes que le tissu hospitalier lyonnais et l'isolement des vallées alpines. Le financement des coordonnateurs CLS par l'ARS s'élève à 2,1 millions d'euros en 2024 en région, ce qui représente un levier réel pour les territoires les plus fragiles. (Source : ARS Auvergne-Rhône-Alpes, 2024)

Le débat sur la réforme des ARS

Quinze ans après leur création, les ARS continuent de faire l'objet de critiques récurrentes : trop lourdes, trop éloignées du terrain, difficiles à mobiliser dans l'urgence. Un rapport de la délégation aux collectivités territoriales du Sénat, publié en mai 2026, formule des propositions de réforme précises. Les sénatrices préconisent notamment de renforcer l'échelon départemental en lui transférant davantage de compétences depuis le siège régional, afin de restaurer une proximité opérationnelle avec les élus et les acteurs de santé locaux.

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a confirmé fin novembre 2025 la volonté du gouvernement de moderniser les ARS et de "clarifier les responsabilités". L'enjeu théorique est celui d'un équilibre délicat entre deux logiques : la déconcentration (l'État qui délègue à ses représentants régionaux et départementaux, mais conserve la maîtrise des normes et des enveloppes financières) et la décentralisation (les collectivités qui gagnent une véritable autonomie de décision). Pour l'heure, la réforme en discussion se situe clairement du côté de la déconcentration renforcée, pas d'une révolution institutionnelle.

Le Pacte Territoire-Santé : un précédent que les ARS ont porté

Avant les CPTS, avant les CLS généralisés, il y a eu le Pacte Territoire-Santé. Lancé fin 2012 par Marisol Touraine autour de douze engagements, c'est le premier dispositif structuré de lutte contre les déserts médicaux à être décliné via les ARS dans chaque région. Un second volet est lancé en novembre 2015 à Dijon, puis prolongé. Le Pacte repose sur une logique incitative : contrats d'engagement de service public (CESP, une bourse versée à un étudiant en médecine en échange d'une installation en zone sous-dotée), contrats de praticiens territoriaux de médecine générale (PTMG, une garantie de revenus à 6 900 euros bruts par mois pour sécuriser les deux premières années d'installation), et soutien au développement des maisons de santé pluriprofessionnelles. À fin 2017, près de 1 800 CESP avaient été signés (dépassant la cible de 1 700) et environ 800 contrats PTMG conclus depuis 2013. Le nombre de MSP est passé de 174 en 2012 à près de 900 fin 2017. (Sources : Ministère de la Santé · archives Pacte Territoire-Santé ; ARS BFC · bilan PTS 2017 ; Écho des Communes, 2017)

Ces chiffres sont encourageants sur le papier. Ils n'ont pas résolu les déserts médicaux ; les données 2025 en témoignent. Mais le Pacte a posé un cadre opérationnel que les ARS ont appris à actionner, et ses outils ont en partie préfiguré les CPTS. Il reste utile à connaître pour comprendre la généalogie des politiques actuelles : les dispositifs d'aujourd'hui ne naissent pas du vide, ils corrigent et amplifient ce qui a été tenté avant eux. C'est l'ARS qui, dans chaque région, a traduit les orientations nationales du Pacte en actions locales concrètes : financement des MSP, accompagnement des CESP, animation des zones prioritaires. Ici comme ailleurs, le pilotage local reste dans la main de l'agence.

CLS : qu'est-ce qu'un contrat local de santé et qui le signe ?

Un contrat local de santé est signé entre une ARS et une collectivité territoriale pour décliner le projet régional de santé sur un territoire précis. Il repose sur l'article L. 1434-10 IV du code de la santé publique, court en général sur trois à cinq ans et s'appuie sur un diagnostic territorial partagé.

Le Contrat Local de Santé est un instrument contractuel, co-signé par une ARS et une collectivité territoriale, pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé sur un périmètre défini. Il est défini par l'article L1434-10 du Code de la santé publique, modifié par la loi HPST. Nous avons consacré un article entier au contrat local de santé, sa base légale, ses signataires, sa durée et son financement.

La logique du CLS est descendante-ascendante : l'ARS fournit le cadre stratégique du PRS, la collectivité apporte la connaissance fine de son territoire, et ensemble elles construisent un programme d'action adapté. Le CLS est typiquement signé pour trois à cinq ans et comporte un plan d'actions détaillé, un budget partagé, des indicateurs de suivi et des instances de gouvernance comprenant les acteurs locaux concernés.

Ce que contient un CLS concret

Les thématiques couvertes varient selon les territoires, mais les CLS récents convergent autour de plusieurs axes récurrents. La prévention et la promotion de la santé (nutrition, activité physique, addictions, santé mentale) occupe une place centrale dans la quasi-totalité des contrats. L'accès aux soins, notamment pour les publics précaires, les personnes âgées isolées, et les habitants des zones sous-dotées, constitue souvent le fil conducteur. La coordination des parcours (entre soins de ville, hôpital et secteur médico-social) et le renforcement de la démocratie sanitaire locale complètent généralement le dispositif.

Un exemple concret : le CLS 2025-2027 signé en décembre 2024 par l'Interco Normandie Sud Eure avec l'ARS Normandie. Il comporte cinquante actions concrètes sur trois ans, issues d'un diagnostic territorial co-construit avec les habitants et les acteurs de santé locaux.

En Île-de-France, l'ARS recense 62 contrats locaux de santé actifs et 19 en projet, couvrant environ 56 % de la population francilienne, pour un investissement en ingénierie supérieur à 2 millions d'euros en 2024. Le financement est priorisé selon l'Indice de Développement Humain (IDH-2) local, une logique d'universalisme proportionné qui vise à concentrer les moyens là où les besoins sont les plus importants.

Comment monter un CLS ? La démarche est à l'initiative des collectivités. Elle commence par un diagnostic territorial de santé, puis une concertation avec les acteurs locaux, avant la rédaction du contrat en lien avec la délégation départementale de l'ARS. L'ARS peut financer un poste de coordinateur CLS et apporter un appui méthodologique. Le processus prend en moyenne 12 à 18 mois entre l'expression d'intérêt et la signature. (Source : ARS Normandie, Guide régional du CLS, mars 2025)

Les limites du CLS

Un point revient partout et reste rarement traité : un CLS signé est presque toujours publié sous forme d'un PDF de cent pages, invisible pour les habitants comme pour les moteurs de réponse. C'est l'objet de notre offre dédiée à la lisibilité numérique des contrats locaux de santé.

Le CLS est un outil puissant, mais il n'est pas universel. Sa mobilisation suppose une collectivité suffisamment outillée pour porter la démarche : une ingénierie interne ou externalisée, des élus motivés, et une capacité à animer un réseau d'acteurs hétérogènes sur plusieurs années. Dans les communes de moins de 5 000 habitants ou dans les intercommunalités faiblement dotées, ces conditions sont loin d'être réunies. C'est pourquoi les CLS sont plus nombreux dans les zones urbaines et péri-urbaines que dans les territoires ruraux profonds... là justement où les besoins sont souvent les plus aigus.

CPTS : qu'est-ce qu'une communauté professionnelle territoriale de santé ?

Une CPTS regroupe les professionnels de santé d'un même bassin de vie autour d'un projet de santé commun. Elle est créée à leur initiative, et non par l'État, sur le fondement de l'article L. 1434-12 du code de la santé publique. Elle est financée par l'assurance maladie via un accord conventionnel interprofessionnel.

Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé sont d'une autre nature que les ARS et les CLS. Elles ne sont pas créées par l'État, elles émergent des professionnels de santé eux-mêmes, qui décident de s'organiser collectivement à l'échelle d'un territoire, autour d'un projet de santé partagé.

Instituées par la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016, les CPTS ont ensuite été amplifiées par le plan "Ma Santé 2022". Elles prennent généralement la forme d'une association loi 1901 et signent un Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) avec l'Assurance maladie, qui finance les missions en contrepartie d'objectifs définis.

Ce que fait une CPTS au quotidien

Une CPTS a vocation à agir sur plusieurs dimensions simultanément. Elle organise la prise en charge des soins non programmés (urgences de ville, patients sans médecin traitant), favorise l'accès à un médecin traitant pour les patients qui en sont dépourvus, développe des actions de prévention collective (dépistages, vaccination, éducation thérapeutique), et renforce la coordination entre la ville et l'hôpital sur les parcours complexes.

Elle ne gère pas de structure physique propre : c'est là sa différence fondamentale avec une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP). La CPTS est une organisation réticulaire : ses membres continuent d'exercer dans leurs cabinets ou établissements respectifs, mais ils disposent d'une plateforme de coordination commune, de protocoles partagés et d'outils numériques mutualisés.

Un déploiement massif, des résultats contrastés

Le bilan chiffré est impressionnant : fin 2024, près de 850 CPTS étaient actives sur le territoire national, couvrant environ 90 % de la population française. Au 9 mars 2025, 624 d'entre elles avaient signé un accord conventionnel avec l'Assurance maladie. La Grande Enquête nationale menée par la Fédération des CPTS en mars 2025 révèle que 62 % des professionnels de santé libéraux ou salariés avaient rejoint une CPTS à cette date.

Mais la couverture géographique ne dit pas tout de l'intensité d'activité. Certaines CPTS sont dynamiques, avec des projets de santé réels, des réunions régulières et une véritable intégration des acteurs. D'autres sont des coquilles creuses, créées pour bénéficier des financements conventionnels, sans projet de fond ni animation effective. Ce constat a été formulé publiquement lors du Congrès de la Fédération des CPTS à Montpellier en novembre 2025.

Une contribution publiée sur la plateforme participative de la Cour des Comptes en 2025 pointe également ce risque : "Des financements massifs, issus de l'Assurance Maladie et contractualisés à travers des ACI, ont soutenu une montée en charge rapide", mais l'évaluation de l'impact réel sur l'accès aux soins reste difficile à objectiver.

Fonctionnement de la politique de santé en France, ARS pilote GHT, CPTS et CLS

GHT : qu'est-ce qu'un groupement hospitalier de territoire ?

Un GHT est une coopération obligatoire entre les établissements publics de santé d'un même territoire, organisée autour d'un établissement support et d'un projet médical partagé. Créé par la loi de modernisation du 26 janvier 2016, il ne concerne que l'hôpital public et reste piloté par l'ARS.

Les Groupements Hospitaliers de Territoire sont la grande pièce manquante de beaucoup de cartographies des politiques locales de santé. Créés par la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016 (la même loi qui institue les CPTS), ils organisent la coopération obligatoire entre établissements publics de santé à l'échelle d'un bassin de population. Chaque établissement public de santé appartient à un GHT. Pas le choix. Dès juillet 2016, 135 GHT ont été constitués, regroupant les 850 hôpitaux publics français. Aujourd'hui, on en compte 136, coordonnés chacun par un établissement support, dont 32 CHU ou CHR, et couvrant des territoires de 100 000 à 2 millions d'habitants. (Sources : ARS nationale · Les GHT ; Wikipedia GHT ; APM Intelligence · cartographie GHT)

Le GHT n'est pas un acteur autonome : c'est l'ARS qui pilote

C'est le point essentiel, et souvent mal compris : un GHT n'a pas de personnalité juridique propre. Il n'est pas une nouvelle institution. C'est un mode d'organisation conventionnel entre établissements existants, dont la constitution et l'évolution sont validées et supervisées par l'ARS. Le projet médical partagé du GHT doit s'inscrire dans les orientations du Projet Régional de Santé de l'ARS. C'est l'agence qui arbitre les périmètres, qui évalue la mise en œuvre des projets médicaux et qui conditionne les financements en conséquence.

Le GHT est donc, dans l'architecture des politiques locales de santé, un outil de maillage du secteur hospitalier public. Ce maillag est distinct de la coordination ville-hôpital (qui relève plutôt des CPTS) et de l'animation territoriale globale (qui relève des CLS). Sa dimension est essentiellement hospitalière, sa gouvernance interne aux établissements. Mais son impact sur le territoire est réel : un GHT bien articulé garantit qu'un patient d'un petit hôpital de proximité accède à un plateau technique de recours sans rupture de parcours.

Dix ans après leur création, la circulaire DGOS du 29 juillet 2026 demande à chacun des 136 GHT un autodiagnostic avant le 15 novembre 2026 et un plan d'actions avant le 15 janvier 2027. Nous détaillons le contenu de la grille ANAP, les indicateurs retenus et la méthode pour y répondre dans notre article sur le groupement hospitalier de territoire, dix ans après.

GHT et CPTS : deux logiques complémentaires, un pilote commun. La CPTS coordonne les acteurs de ville (libéraux, médico-social) sur un bassin de vie. Le GHT coordonne les établissements publics hospitaliers sur un territoire de santé. Les deux périmètres se superposent rarement parfaitement. C'est précisément le rôle de l'ARS, via ses délégations départementales et le PRS, d'assurer la cohérence entre ces deux niveaux de coordination. Sans ce pilotage, ville et hôpital public continuent de fonctionner en silos, même quand chacun est bien organisé de son côté.

Pourquoi les politiques de santé varient-elles autant d'une région à l'autre ?

Parce que chaque ARS construit son propre projet régional de santé et arbitre ses priorités selon la démographie médicale, la géographie et les moyens d'ingénierie des collectivités locales. À dispositifs identiques, l'intensité de déploiement et les thématiques retenues diffèrent fortement d'une région à l'autre.

L'architecture nationale (ARS, CLS, CPTS, GHT) s'applique uniformément sur tout le territoire. Ce qui diverge, c'est l'intensité de sa mobilisation, les priorités retenues et les résultats obtenus. La cartographie des politiques locales de santé en France révèle des contrastes saisissants.

Auvergne-Rhône-Alpes

Contexte

Une région aux extrêmes

La région couvre 8,1 millions d'habitants, des métropoles denses (Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand) et des zones de montagne peu accessibles. La densité médicale est très inégale entre le couloir rhodanien et les zones rurales de Haute-Loire ou d'Ardèche.

CLS

Un réseau CLS structuré

L'ARS AuRA finance en 2024 à hauteur de 2,1 M€ les postes de coordonnateurs CLS. Des contrats actifs couvrent des territoires aussi différents que le Pays Bellegardien, le bassin d'Aurillac ou la Porte de Dromardèche.

CPTS

Déploiement avancé

La région compte parmi les plus actives en matière de CPTS, avec des structures opérationnelles notamment dans les agglomérations et les zones intermédiaires. La coordination ville-hôpital reste un point d'amélioration.

Enjeu clef

L'articulation urbain-rural

Le principal défi est de faire fonctionner les dispositifs dans les territoires isolés (Ardèche, Cantal, Haute-Loire), où les professionnels de santé sont peu nombreux et les dynamiques collectives plus difficiles à enclencher.

Bretagne

Alerte

Désertification médicale marquée

Malgré une légère augmentation du nombre de médecins (+357 en activité au 1er janvier 2025), la répartition reste très inégale. Dans le Finistère et les Côtes d'Armor, l'accès est particulièrement difficile. À Saint-Brieuc, 15 % de la population n'a plus de médecin traitant.

Pacte déserts

Seulement 2 zones prioritaires

Sur les 151 zones identifiées dans le Pacte gouvernemental de lutte contre les déserts médicaux de juin 2025, seules deux concernent la Bretagne, ce qui a suscité une vive réaction des élus locaux et des soignants. "L'État est largué", a résumé l'élu de Guingamp.

Initiative locale

La Région comme acteur

En réponse aux limites de l'action nationale, une proposition de loi vise à conférer à la Région Bretagne des compétences fiscales expérimentales pour lutter contre les déserts médicaux, une piste inédite de régionalisation de la politique de santé.

Maires mobilisés

Une mobilisation citoyenne inédite

En 2024, une soixantaine de maires du Finistère et des Côtes d'Armor ont pris des initiatives locales spectaculaires pour attirer ou retenir des médecins : logements gratuits, indemnités de déménagement, secrétariat partagé offert.

Île-de-France

Couverture CPTS

85 % de la population couverte

En avril 2025, 104 CPTS sont en fonctionnement sur le territoire francilien, couvrant 10,6 millions d'habitants, soit 85 % de la population. 124 projets sont recensés au total, avec une couverture potentielle de 98 % à terme.

CLS

62 CLS actifs, 19 en projet

L'ARS Île-de-France recense 62 contrats locaux de santé actifs et 19 en projet, couvrant environ 56 % de la population francilienne, avec un investissement de plus de 2 M€ en ingénierie en 2024. La priorisation suit une logique d'universalisme proportionné basée sur l'IDH-2 des territoires.

Inégalités internes

Des déserts au cœur de Paris

La richesse globale de l'offre de soins francilienne masque des inégalités intra-régionales très marquées. Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et certaines banlieues lointaines présentent des indicateurs d'accès aux soins comparables à des zones rurales défavorisées.

Enjeu clef

La question de la spécialisation

En Île-de-France, le déficit en médecins généralistes coexiste avec une forte concentration de spécialistes dans certaines zones. La coordination entre les niveaux de soins est l'enjeu central, plus que la densité brute de professionnels.

Occitanie

CLS / CLSM

Une cartographie CLS et CLSM structurée

L'ARS Occitanie publie une cartographie annuelle des CLS et des Conseils Locaux en Santé Mentale (CLSM) labellisés. L'édition 2026 témoigne d'un maillage progressif du territoire, avec une attention particulière portée aux inégalités sociales de santé dans les zones urbaines sensibles (Toulouse, Montpellier).

Profils santé

Un diagnostic territorial systématisé

Chaque démarche CLS en Occitanie s'appuie sur un "Profil santé" territorial préalable, une étude quantitative des données sanitaires, sociales et d'offre de soins. Ce prérequis renforce la solidité des diagnostics mais allonge les délais de mise en œuvre.

Zones rurales

Des territoires encore sous-couverts

Les zones rurales du Lot, de l'Aveyron ou de la Lozère présentent des profils de fragilité médicale importants. La faible densité de population rend difficile la constitution de CPTS viables économiquement, et les CLS peinent à trouver des porteurs locaux.

Innovation

La santé mentale en priorité

L'Occitanie a développé une approche structurée de la santé mentale dans ses politiques locales, avec un réseau de CLSM (Conseils Locaux en Santé Mentale) labellisés qui complètent les CLS sur cette dimension souvent sous-traitée.

Bourgogne-Franche-Comté

Dynamisme CLS

Une vague de renouvellement 2025

Bourgogne-Franche-Comté présente une activité CLS particulièrement dense en 2025 : CLS Pays Lédonien, CLS Nivernais Morvan, CLS Bresse Bourguignonne, CLS Mâconnais Sud Bourgogne signés entre octobre et décembre 2025. Un calendrier de renouvellements massifs coordonné par l'ARS.

Contexte démographique

Un vieillissement accéléré

La région est l'une des plus touchées par le vieillissement démographique en France. Cette réalité se traduit dans les CLS par une priorité forte accordée au "bien vieillir", à l'autonomie des personnes âgées et à l'adaptation des parcours de soins aux polypathologies.

Désertification

Une pression forte sur la médecine générale

Certains territoires de la région, notamment en Nièvre, en Haute-Saône et dans les zones rurales de Côte-d'Or, présentent des ratios de médecins parmi les plus faibles de France métropolitaine, avec des files d'attente pour avoir un médecin traitant dépassant parfois 18 mois.

Maillage intercommunal

L'intercommunalité comme échelon pertinent

En BFC, c'est souvent l'intercommunalité (communauté de communes, communauté d'agglomération) qui porte les CLS, pas la commune seule. Cela permet une mutualisation des moyens d'ingénierie et une cohérence avec les bassins de vie réels.

Comment ARS, CLS et CPTS s'articulent-ils sur un même territoire ?

En théorie l'ARS fixe le cap, le CLS le traduit en programme d'action avec la collectivité, la CPTS organise la réponse des professionnels. En pratique les temporalités, les périmètres et les logiques institutionnelles divergent, et aucun cadre national n'impose cette articulation.

En théorie, l'articulation est claire. L'ARS fixe le cap stratégique régional via le PRS. Le CLS traduit ce cap en programme d'action adapté à un territoire précis, en lien avec la collectivité. La CPTS organise la réponse opérationnelle des professionnels de santé sur ce même territoire. Les trois dispositifs sont censés se nourrir mutuellement : les diagnostics du CLS informent les priorités de la CPTS ; les actions de la CPTS s'intègrent dans les objectifs du CLS ; l'ARS valide et finance l'ensemble.

En pratique, la coordination est souvent perfectible. Les temporalités divergent : les PRS sont sur cinq ans, les CLS sur trois à cinq ans, les projets de santé des CPTS sur trois ans renouvelables. Les périmètres géographiques ne se superposent pas toujours. Et surtout, les logiques institutionnelles sont différentes : l'ARS est un opérateur public, la collectivité est élue et donc soumise à un agenda politique, la CPTS est pilotée par des professionnels libéraux qui ont leur propre agenda et leurs propres priorités.

Des tentatives de coordination existent. Certains CLS intègrent explicitement les CPTS du territoire dans leur gouvernance. Certaines ARS créent des instances de dialogue régulier entre CLS et CPTS. Mais il n'existe pas de cadre national contraignant qui impose cette articulation. La cohérence dépend donc, pour l'essentiel, de la qualité des relations humaines et institutionnelles locales, ce qui est une variable par définition imprévisible.

ARS, CLS, CPTS, GHT : qui décide, qui finance, qui peut contraindre
CritèreARSCLSCPTSGHT
NatureÉtablissement public de l'ÉtatContratAssociation de professionnelsCoopération hospitalière obligatoire
À l'initiative deL'ÉtatARS et collectivitéLes professionnels de santéLa loi
ÉchelleRégionCommune ou intercommunalitéBassin de vieTerritoire hospitalier
FinancementBudget de l'ÉtatARS, sur le temps de coordinationAssurance maladie, via l'ACIBudgets hospitaliers mutualisés
DuréePRS sur 5 ans3 à 5 ansProjet de santé sur 3 ans renouvelableSans terme
Pouvoir sur l'installation des libérauxAucunAucunAucunSans objet

À retenir pour un professionnel de santé ou un directeur d'établissement : Comprendre ces trois outils n'est pas seulement un exercice intellectuel. C'est une condition pour se positionner dans les dynamiques territoriales. Participer à une CPTS, contribuer à un diagnostic CLS, ou simplement savoir interlocuter l'ARS sur un projet local : autant de leviers pour peser sur l'organisation des soins dans votre bassin de vie. Et en matière de visibilité numérique, un établissement qui maîtrise ces référentiels et les intègre dans son contenu web gagne en légitimité auprès des moteurs de recherche, et des IA génératives. Voir notre analyse : Visibilité IA pour les établissements de santé.

Pourquoi ces dispositifs n'ont-ils pas résorbé les déserts médicaux ?

Parce que ARS, CLS, CPTS et GHT sont des instruments de coordination et d'incitation, sans pouvoir contraignant sur le lieu d'installation des médecins libéraux. Au 1er août 2025, 87 % du territoire national reste classé en situation de fragilité médicale.

Le chiffre est brutal : au 1er août 2025, 87 % du territoire national est classé en situation de fragilité médicale. Ce n'est plus un phénomène marginal réservé aux zones rurales. En effet, les périphéries urbaines et les villes moyennes sont désormais touchées. À Paris même, certains arrondissements présentent des délais d'attente comparables à des zones rurales isolées.

Une enquête citoyenne menée en 2025 auprès de 18 650 participants dans 1 790 communes révèle que 74 % des Français estiment toujours difficile de se soigner près de chez eux, malgré une légère amélioration par rapport à 2022. Les besoins exprimés sont massifs et convergents : plus de médecins (49 % citent l'hôpital comme priorité), plus de maisons de santé (38 %), plus de kinésithérapeutes (49 %), plus de dentistes (27 %).

Face à ce constat, le gouvernement a publié en juin 2025 son Pacte de lutte contre les déserts médicaux, identifiant 151 zones prioritaires qui accueilleront dès septembre 2025 des médecins volontaires issus de territoires mieux dotés, pour des consultations de deux jours par mois. C'est mieux que rien. C'est loin d'être suffisant au regard de l'ampleur du problème.

La question que les politiques locales de santé ne tranchent pas est fondamentale : est-ce qu'on peut réellement réduire les déserts médicaux par l'incitation et la coordination, sans jamais toucher à la liberté d'installation des médecins libéraux ? Les ARS, les CLS et les CPTS sont des instruments de coordination. Ils n'ont pas de pouvoir coercitif sur les choix de localisation des professionnels. Et c'est là que réside l'impasse structurelle dans laquelle se trouvent les politiques locales de santé depuis des années.

Que doivent en faire les professionnels de santé, les élus et les établissements ?

S'y positionner activement. Un directeur d'établissement doit connaître les priorités du PRS pour rester dans les circuits de financement, un libéral gagne à rejoindre une CPTS, un élu dispose du CLS comme levier le plus directement accessible. Ignorer ces cadres revient à sortir des dynamiques de territoire.

Pour un directeur d'établissement (clinique privée, centre hospitalier ou établissement médico-social), comprendre l'architecture des politiques locales de santé est une compétence stratégique. Les ARS contractualisent avec les établissements sur leurs missions de service public, leurs autorisations d'activité et leurs objectifs de qualité. Ignorer les priorités du PRS régional, c'est prendre le risque de se trouver hors des radars des financements et des dynamiques locales.

Pour un professionnel de santé libéral, rejoindre une CPTS ou contribuer à un diagnostic CLS, c'est s'inscrire dans une gouvernance qui influence l'organisation des soins sur son territoire. C'est aussi, concrètement, accéder à des ressources partagées : secrétariat mutualisé, outils numériques, protocoles de coordination, autant d'allègements de la charge administrative qui pèse sur l'exercice libéral.

Pour un élu local, le CLS est l'outil le plus directement accessible. Il permet de formaliser une politique de santé communale ou intercommunale, de mobiliser des financements ARS, et de construire une gouvernance locale de la santé qui dépasse les seules compétences formelles des collectivités en la matière.

Et pour un établissement qui réfléchit à sa visibilité numérique, maîtriser ces référentiels et les intégrer dans son contenu web (pages de présentation, articles de blog, fiches spécialités) est un signal de légitimité fort. Les moteurs de recherche et les IA génératives valorisent les contenus qui démontrent une connaissance réelle du contexte institutionnel et réglementaire. Un établissement qui sait expliquer comment il s'inscrit dans les priorités du PRS régional, comment il participe à une CPTS locale, ou comment il répond aux orientations du CLS de son territoire est un établissement qui se positionne comme une source fiable. C'est exactement ce que MediScribe construit pour ses clients. En savoir plus sur notre approche éditoriale.

Questions fréquentes sur les politiques locales de santé

Qu'est-ce qu'une ARS et quel est son rôle dans la politique de santé locale ? +

Une Agence Régionale de Santé (ARS) est un établissement public de l'État chargé de décliner les politiques nationales de santé à l'échelle régionale. Créées par la loi HPST du 21 juillet 2009, les 18 ARS françaises pilotent la prévention, l'organisation des soins, l'offre médico-sociale et la gestion des risques sanitaires sur leur territoire. Elles disposent chacune d'un Projet Régional de Santé (PRS) sur cinq ans, qui définit les priorités sanitaires en fonction des spécificités locales : démographie médicale, profil épidémiologique, géographie. Elles s'appuient sur des délégations départementales pour l'animation de proximité.

Qu'est-ce qu'un Contrat Local de Santé (CLS) et qui peut en bénéficier ? +

Un Contrat Local de Santé (CLS) est un outil contractuel signé entre une ARS et une collectivité territoriale : commune, intercommunalité ou groupement de communes. Le but est de réduire les inégalités sociales et territoriales de santé. Il repose sur un diagnostic partagé du territoire et définit un plan d'actions concret sur trois à cinq ans, couvrant la prévention, l'accès aux soins, les parcours de santé et l'accompagnement médico-social. Toute collectivité peut initier un CLS en formulant une demande auprès de son ARS. Le financement de l'ingénierie est partiellement pris en charge par l'ARS selon des critères de vulnérabilité territoriale.

Quelle est la différence entre une CPTS et une maison de santé pluriprofessionnelle ? +

Une Communauté Professionnelle Territoriale de Santé (CPTS) n'est pas un lieu physique mais une organisation de coordination. Elle réunit, à l'initiative des professionnels eux-mêmes, l'ensemble des acteurs de santé d'un territoire (médecins de ville, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes, établissements de santé, acteurs médico-sociaux) autour d'un projet de santé partagé. À l'inverse, une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) est un regroupement physique de professionnels libéraux qui exercent ensemble dans un même bâtiment. Une MSP peut appartenir à une CPTS, sans que ce soit obligatoire.

Pourquoi les politiques locales de santé sont-elles si différentes d'une région à l'autre en France ? +

Les disparités régionales en matière de santé tiennent à des facteurs cumulatifs : densité médicale historiquement inégale, dynamiques démographiques divergentes, capacités financières des collectivités, dynamisme des acteurs locaux et culture de coopération entre professionnels. La Bretagne cumule une démographie médicale fragile et une géographie dispersée. L'Île-de-France concentre des ressources mais souffre d'inégalités intra-régionales très fortes. Ces différences ne sont pas effacées par les dispositifs nationaux, mais les outils comme les ARS, les CLS et les CPTS permettent d'atténuer les écarts lorsqu'ils sont mobilisés de façon cohérente et volontariste.

Les ARS vont-elles être réformées et quel est l'avenir de la territorialisation de la santé en France ? +

La réforme des ARS est effectivement en cours de discussion au niveau parlementaire. Un rapport sénatorial publié en mai 2026 pointe leur éloignement du terrain et préconise un renforcement de l'échelon départemental, avec plus de délégations vers les délégations territoriales. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a confirmé fin 2025 la volonté du gouvernement de clarifier les responsabilités et de renforcer les partenariats avec les conseils départementaux. L'enjeu est de passer d'une logique de régulation régionale à une véritable animation territoriale de proximité, sans pour autant démanteler le pilotage national de la santé.