En bref
- Chaque GHT doit transmettre son autodiagnostic avant le 15 novembre 2026 et son plan d'actions avant le 15 janvier 2027, en application de la circulaire DGOS du 29 juillet 2026.
- Un groupement hospitalier de territoire réunit obligatoirement les hôpitaux publics d'un même territoire autour d'un projet médico-soignant partagé. Il n'a pas de personnalité morale.
- Base légale : loi du 26 janvier 2016, article 107, codifiée aux articles L. 6132-1 et suivants du code de la santé publique.
- La France compte 136 GHT. Au 1er janvier 2026, un quart seulement fonctionne sous une direction commune intégrale.
- La circulaire fixe une cible d'au moins 4 filières organisées en équipe médicale de territoire par GHT.
- L'ARS tiendra compte de la dimension territoriale dans l'évaluation des chefs d'établissement et dans l'attribution des aides à l'investissement.
- L'éducation thérapeutique du patient est absente de la circulaire, alors qu'elle traverse toutes les filières chroniques du projet médical.
Le 18 septembre 2026, les GHT ont eu dix ans. Le cadeau d'anniversaire était arrivé un mois et demi plus tôt : une circulaire signée par la ministre de la santé qui demande à chacun des 136 groupements de dresser son propre bilan, puis de s'engager par écrit sur ce qu'il va mutualiser. Avec, à la clé, l'évaluation des directeurs et le versement des aides à l'investissement.
Directeurs, présidents de CME, cadres de direction, cadres supérieurs de santé : ce texte vous concerne directement, et le calendrier est court. Cet article reprend le fonctionnement d'un GHT et son bilan à dix ans, puis détaille le contenu exact de l'autodiagnostic et du plan d'actions, avec une méthode pour y répondre sans subir l'exercice.
Qu'est-ce qu'un groupement hospitalier de territoire ?
Un groupement hospitalier de territoire est le dispositif de coopération obligatoire qui réunit les établissements publics de santé d'un même territoire. Ses membres élaborent un projet médico-soignant partagé pour organiser une prise en charge graduée des patients, et mettent en commun plusieurs fonctions, dont les achats, le système d'information et l'information médicale.
Le GHT a été créé par l'article 107 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé. Les conventions constitutives devaient être signées au 1er juillet 2016. Le régime figure aux articles L. 6132-1 à L. 6132-7 du code de la santé publique.
Deux traits le distinguent de toutes les formes de coopération hospitalière antérieures.
L'adhésion est obligatoire. Tout établissement public de santé est partie à une convention de GHT, sauf dérogation accordée en raison de sa spécificité dans l'offre territoriale. Les communautés hospitalières de territoire, qui l'ont précédé à partir de 2009, reposaient sur le volontariat et n'avaient jamais décollé.
Le groupement n'a pas de personnalité morale. Il ne signe aucun contrat, n'emploie personne et ne dispose d'aucun budget en propre. Un établissement support, désigné dans la convention, exerce pour le compte des autres les fonctions que la loi impose de mutualiser. Cette architecture explique à la fois la souplesse du dispositif et la plupart de ses blocages.
La loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019, puis l'ordonnance n° 2021-291 du 17 mars 2021 et ses décrets du 27 mai 2021 ont renforcé la place des médecins : commission médicale de groupement obligatoire, stratégie commune de gestion des ressources humaines médicales, projet médical devenu projet médico-soignant.
Quels établissements composent un GHT ?
Les établissements publics de santé du territoire en sont membres de droit, l'un d'eux tenant le rôle d'établissement support. Les établissements médico-sociaux publics, comme les EHPAD autonomes, peuvent choisir de devenir parties. Chaque GHT s'associe par convention à un CHU. Les cliniques privées et les autres structures privées passent par des conventions de partenariat, sans siéger dans les instances.
| Statut | Qui | Conséquence concrète |
|---|---|---|
| Établissement support | Le plus souvent le centre hospitalier le plus important du territoire | Exerce les fonctions mutualisées pour le compte des autres membres, porte la direction des achats et du système d'information |
| Établissement partie | Centres hospitaliers, hôpitaux de proximité, établissements publics de santé mentale, et sur option les établissements médico-sociaux publics | Conserve sa personnalité juridique, son budget et son conseil de surveillance |
| CHU associé | Le centre hospitalier universitaire de la subdivision | Convention d'association portant sur l'enseignement, la recherche, la démographie médicale et les soins de recours |
| Établissement associé | Structures d'hospitalisation à domicile, établissements autorisés en psychiatrie | Associés à l'élaboration du projet médico-soignant partagé |
| Partenaire | Cliniques privées, établissements privés d'intérêt collectif, structures médico-sociales | Coopération par convention, sans participation aux instances du groupement |
La frontière public-privé reste l'angle mort du dispositif. La Cour des comptes recommandait dès 2020 d'inclure dans les GHT les établissements privés de psychiatrie chargés de missions de service public. Sur les territoires où une clinique assure l'essentiel de l'activité chirurgicale, le projet médical du GHT décrit une filière dont il ne maîtrise qu'une partie. Nous avons détaillé ces écarts de logique entre établissements dans notre analyse du positionnement numérique comparé des cliniques et des hôpitaux.
Comment un GHT est-il gouverné ?
Le comité stratégique pilote le groupement. Il réunit les directeurs, les présidents de commission médicale et les présidents de commission des soins des établissements parties. La commission médicale de groupement porte le volet médical, d'autres instances représentent les soignants, les usagers, les élus locaux et le personnel.
Dans les faits, le pouvoir se concentre sur l'établissement support. Son directeur préside le comité stratégique, sa direction des achats passe les marchés de tous, sa direction informatique conduit la convergence. Les établissements parties gardent leur conseil de surveillance et leur budget, ce qui crée une tension permanente entre la stratégie commune affichée et les intérêts de chaque site. L'IGAS proposait dès 2019 d'alléger les instances et de renforcer la majorité médicale au sein du comité stratégique.
Les décisions prises au niveau du groupement pèsent aussi sur l'organisation du travail des équipes. La convergence des logiciels, en particulier, a des effets directs sur le quotidien des praticiens, comme nous l'avions montré dans notre enquête sur les conditions de travail informatiques des médecins hospitaliers.
Que contient un projet médico-soignant partagé ?
Le projet médico-soignant partagé définit, pour cinq ans, la stratégie médicale commune du groupement : les filières de prise en charge retenues, la répartition des activités entre établissements, l'organisation de la gradation entre proximité, référence et recours. Il fonde la convention constitutive et sert de base à toutes les mutualisations.
Le bilan le plus complet disponible reste l'enquête de l'Inspection générale des affaires sociales, conduite auprès de 121 GHT sur 135 et publiée en décembre 2019. Elle montre des projets adoptés rapidement, 103 dès 2017, et construits autour de 12 à 13 filières en moyenne. Leur contenu, lui, varie fortement d'un territoire à l'autre.
Le chiffre le plus parlant concerne l'hospitalisation à domicile. La loi impose d'associer les structures d'HAD à l'élaboration du projet médical, et 29 % des GHT interrogés ne l'avaient pas fait. Le projet médical a longtemps été un document de conformité, rédigé pour satisfaire l'ARS, plus qu'un outil de réorganisation des parcours.
La circulaire de 2026 change la nature de l'exercice : chaque GHT doit désormais démontrer l'impact de son projet sur la gradation des activités, l'orientation des patients entre établissements, la recomposition de l'offre et la constitution d'équipes de soins partagées. Le projet médical devient un objet évalué.
Quelles fonctions un GHT doit-il mutualiser ?
L'article L. 6132-3 du code de la santé publique impose deux niveaux de mise en commun. L'établissement support gère pour tous les achats, le système d'information convergent, le département d'information médicale de territoire, la coordination des écoles et des plans de formation, et les orientations communes de gestion des médecins. Les établissements organisent en outre ensemble l'imagerie, la biologie et la pharmacie.
| Fonction | Portage | État constaté |
|---|---|---|
| Achats | Établissement support | Domaine le plus avancé selon l'IGAS, avec des gains maintenus dans la durée |
| Système d'information | Établissement support | Convergence lente, cinq à dix ans annoncés pour un dossier patient unique |
| DIM de territoire | Établissement support | Structuration inégale, analyses de positionnement rarement partagées |
| Instituts, écoles et formation continue | Établissement support | Plans de formation encore souvent juxtaposés, rarement consolidés |
| Ressources humaines médicales | Orientations communes depuis l'ordonnance de 2021 | Freinée par les tensions démographiques et les écarts de rémunération entre sites |
| Imagerie, biologie, pharmacie | Établissements parties, avec ou sans le support | La circulaire demande d'étudier la mutualisation d'au moins une fonction médico-technique par GHT |
La loi ouvre aussi des options plus intégratrices, prévues à l'article L. 6132-5-1 : programme d'investissement et plan global de financement pluriannuel uniques, ou mise en commun de la trésorerie. Un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens unique peut aussi remplacer ceux de chaque établissement. Ces options restent très peu utilisées. La circulaire demande à chaque groupement d'en étudier l'opportunité dans son bilan.
Combien existe-t-il de GHT, et pourquoi diffèrent-ils autant ?
La France compte 136 groupements hospitaliers de territoire, qui rassemblent plus de 800 établissements. Leur taille varie de 2 à 20 établissements. Leur périmètre a été dessiné en 2016 sur des logiques très diverses, parfois infradépartementales, parfois à cheval sur plusieurs départements, ce qui rend toute comparaison délicate.
Cette hétérogénéité était déjà au cœur du rapport de la Cour des comptes du 8 octobre 2020, qui dénombrait 136 GHT au 1er janvier 2020 et recommandait de réviser rapidement les périmètres incohérents. Six ans plus tard, la circulaire ouvre la porte à des regroupements, au cas par cas, avec une règle ferme : le nombre de GHT par région ne pourra pas augmenter.
Autre indicateur d'intégration, la direction commune. Au 1er janvier 2026, un quart seulement des 136 GHT fonctionnait sous une direction commune couvrant l'ensemble de ses activités sanitaires. La ministre demande désormais que chaque vacance de poste de directeur donne lieu à la création d'une direction commune.
Quel bilan tirer des GHT après dix ans ?
Un bilan contrasté, selon les termes mêmes de la circulaire. Les achats et une partie des filières se sont réellement structurés. L'impact sur l'accès aux soins reste difficile à démontrer et la convergence des systèmes d'information traîne. Quant à l'intégration, elle varie du tout au rien d'un territoire à l'autre.
Quatre évaluations successives dessinent la même trajectoire.
| Date | Auteur | Constat principal |
|---|---|---|
| Décembre 2019 | IGAS, rapport n° 2019-034R | Des GHT « au milieu du gué », avec des résultats supérieurs aux anciennes communautés hospitalières mais des déploiements très inégaux. Proposition d'étudier un établissement public de santé territorial unique. |
| 8 octobre 2020 | Cour des comptes, communication au Sénat | Un impact sur l'offre et la consommation de soins jugé non significatif. Huit recommandations, dont la révision des périmètres et un système d'information unique par GHT. |
| Septembre 2025 | IGF et IGAS | Rapport « Face à la gravité de la situation financière des hôpitaux publics, renforcer l'efficience par une intégration territoriale ». Des GHT très intégrés côtoient des groupements restés en retrait. Cible d'au moins quatre filières en équipe médicale de territoire. |
| 2 septembre 2026 | Conférences des présidents de CME et des directeurs de CH | Un modèle « trop souvent technico-administratif et insuffisamment centré sur les besoins de la population ». Onze propositions et vingt actions. |
Le 15 septembre 2026, les conférences des directeurs généraux de CHU et des doyens ont réservé un accueil « très favorable » à la circulaire, tout en reprenant l'image d'un dispositif encore au milieu du gué. Sept ans séparent les deux usages de la formule. Le diagnostic n'a guère bougé, l'outillage administratif pour le traiter, si.
Que demande la circulaire du 29 juillet 2026 aux GHT ?
La circulaire DGOS/GOUV/2026/105, signée par la ministre Stéphanie Rist et adressée aux directeurs généraux d'ARS, demande à chaque GHT un autodiagnostic avant le 15 novembre 2026 puis un plan d'actions de consolidation de l'offre publique avant le 15 janvier 2027. Les premières réalisations sont attendues début 2027, avec un point d'étape tous les six mois.
Le texte s'inscrit dans le chantier de transformation du système hospitalier lancé par la ministre le 17 juin 2026. Il travaille « à droit constant » : il demande d'appliquer enfin les obligations existantes, sans en créer de nouvelles. Le document n'est d'ailleurs pas opposable. Sa force tient aux leviers que l'ARS reçoit pour le faire respecter.
Ces leviers sont au nombre de quatre.
- Les équipes médicales de territoire. Chaque GHT vise au moins quatre filières organisées en fédération médicale interhospitalière, en pôle inter-établissements ou sous une autre forme d'équipe territoriale. Domaines prioritaires : gériatrie, urgences, anesthésie-réanimation, gynécologie-obstétrique, imagerie, biologie et pharmacie.
- Les directions communes. Toute vacance de poste de directeur doit conduire à une direction commune, après dialogue avec les présidents de conseil de surveillance.
- L'évaluation des chefs d'établissement. Les objectifs annuels des directeurs et l'attribution de leurs primes, IFSE et CIA, intègrent la transformation des filières, la mobilisation autour du projet médico-soignant, le développement des équipes de territoire et les projets de mutualisation.
- L'argent. Les aides en trésorerie aux établissements en difficulté exigent des engagements évaluables d'efficience territoriale, et les aides à l'investissement sont conditionnées à des objectifs précis en la matière.
Le texte demande aussi aux GHT de se rapprocher de l'offre de ville, à commencer par les communautés professionnelles territoriales de santé et le service d'accès aux soins. Nous avons consacré un article entier au fonctionnement des communautés professionnelles territoriales de santé, interlocuteurs naturels du GHT côté ville.
Sur quoi porte l'autodiagnostic des GHT ?
L'autodiagnostic est un questionnaire de maturité en ligne mis à disposition par l'ANAP, à remplir avec un compte unique par GHT. Il couvre quatre chapitres : la mise en œuvre du projet médico-soignant partagé, les fonctions médico-techniques, les fonctions support réglementairement mutualisées et le pilotage stratégique intégré. Chaque chapitre se termine par une question ouverte sur les freins et les leviers.
| Chapitre | Questions posées |
|---|---|
| Projet médico-soignant partagé | Filières structurées depuis trois ans et filières à restructurer. Apport réel de la convention avec le CHU. Bed management territorial. Consultations avancées. Orientations communes de gestion des médecins et recrutement mutualisé. Équipes médicales de territoire, temps médicaux partagés, permanence des soins commune, conventions de solidarité territoriale. Transports sanitaires : plateforme de commande, cellule de régulation et outil de suivi uniques. |
| Fonctions médico-techniques | Biologie : directeur de laboratoire unique, nombre d'accréditations COFRAC actives, recul de l'externalisation. Anatomie et cytologie pathologiques : nombre de services, examens conservés dans le GHT. Imagerie : gouvernance publique commune, plateau d'imagerie mutualisé, téléimagerie. Pharmacie : marché commun, stock de sécurité partagé, livret thérapeutique unique, automates, sous-traitance de la stérilisation et des chimiothérapies. |
| Fonctions support | Système d'information : applications communes, base d'identité patient unique, portefeuille de projets, marchés communs. Plan commun d'amélioration de la qualité et de gestion des risques. DIM de territoire nommé, équipes rattachées, analyses partagées. Achats : délégations de signature, référentiel commun, gains, marchés non convergés. Ressources humaines non médicales et part des agents en temps partagé au 31 décembre 2025. Plan de formation consolidé et part des actions ouvertes à tous. |
| Pilotage stratégique intégré | Directions fonctionnelles uniques et droit d'option de fusion des instances. Outils médico-économiques communs, avis formalisé du comité stratégique sur les budgets de chaque établissement, construction budgétaire harmonisée. Schéma directeur immobilier, plan pluriannuel d'investissement commun, validation des marchés de travaux par l'établissement support. Schéma directeur logistique, plateforme mutualisée, restauration et blanchisserie communes. |
La grille mélange des questions fermées, des pourcentages et du texte libre. Les questions fermées mesurent la conformité. Les textes libres de synthèse, en fin de chapitre, sont ceux que l'ARS lira pour préparer le dialogue stratégique : c'est là que se négocie la suite.
Que doit contenir le plan d'actions ?
Le plan d'actions exprime les objectifs du GHT dans tous les domaines de l'autodiagnostic et fixe des cibles précises sur trois sujets : la gradation des filières de soins, le développement des équipes médicales de territoire et la mutualisation des activités médico-techniques. Il est piloté par le président du comité stratégique et le président de la commission médicale de groupement.
Pour prioriser, l'annexe 2 de la circulaire liste les indicateurs que l'ARS et l'ANAP utiliseront. Ils méritent d'être calculés avant même de remplir la grille.
| Domaine | Levier visé | Indicateur apprécié à l'échelle du GHT |
|---|---|---|
| Filières de soins | Coopération au sein des filières | Taux de fuite hors GHT par type d'activité (médecine, chirurgie, obstétrique, SMR) |
| Équipes médicales de territoire | Consolider les ressources médicales | Nombre de fédérations médicales interhospitalières et de pôles inter-établissements |
| Temps médical partagé | Consultations avancées, activités délocalisées | Part des effectifs médicaux bénéficiant de la prime d'exercice territorial |
| Bloc opératoire | Graduer l'usage des plateaux techniques | Taux d'ouverture et taux d'occupation moyens |
| Biologie et imagerie | Laboratoire et service d'imagerie de territoire | Part des examens externalisés hors GHT, coût moyen du B et de l'ICR |
| Pharmacie | Continuité pharmaceutique, chimiothérapie, stérilisation | Nombre de PUI, d'unités de reconstitution et de stérilisation, coût moyen de l'unité d'œuvre |
| Achats et logistique | Massification, restauration, blanchisserie | Taux de massification des achats, coût de la journée alimentaire, coût du kilo de linge livré |
La gouvernance du plan associe la commission médicale de groupement, la commission des soins infirmiers, de rééducation et médico-techniques, les usagers et le comité territorial des élus. Les actions retenues remontent ensuite dans la feuille de route régionale de l'ARS, et le suivi passe par le dialogue stratégique annuel que chaque ARS doit désormais tenir avec chaque groupement.
Comment répondre au plan d'actions sans subir l'exercice ?
En partant des données plutôt que des impressions, puis en chiffrant chaque action avec une cible, un indicateur, une échéance et un porteur nommé. Le suivi semestriel de l'ARS portera sur ces engagements, pas sur les intentions.
À la date de publication de cet article, il reste six semaines avant la remise de l'autodiagnostic, puis deux mois pour bâtir le plan. Pour les équipes de direction et l'encadrement supérieur, la méthode suivante limite le risque de rendre un document de conformité de plus.
- Installer l'équipe autour du binôme. Le président du comité stratégique et le président de la commission médicale de groupement pilotent. Autour d'eux : le médecin DIM de territoire, le contrôle de gestion, la direction des systèmes d'information, la coordination générale des soins et un cadre supérieur de santé par établissement partie. Sans cadres de proximité dans la boucle, les filières décrites ne correspondront pas aux services réels.
- Calculer les indicateurs de l'annexe 2 avant de répondre à la grille. Taux de fuite hors GHT, examens externalisés, occupation des blocs : ce sont les chiffres que l'ARS a déjà ou obtiendra. Mieux vaut les avoir lus avant elle.
- Remplir le questionnaire ANAP avec un compte unique. La circulaire insiste sur ce point : une seule réponse officielle par GHT, déclarée ensuite à l'adresse dédiée de l'ANAP. Les blocs de synthèse en texte libre méritent plus de soin que les cases à cocher.
- Choisir les quatre filières sur un critère de fragilité. Une équipe médicale de territoire se justifie là où un site ne peut plus tenir seul sa permanence des soins : urgences, anesthésie-réanimation, imagerie, gynécologie-obstétrique. Choisir les filières déjà coordonnées pour cocher la cible ne résistera pas au premier point d'étape.
- Chiffrer chaque action. Une cible, un indicateur, une date, un responsable nommé, un coût ou un gain attendu. C'est le format que les dialogues stratégiques et les contrats de retour à l'équilibre vont exiger.
- Associer la ville dès la rédaction. La circulaire demande des synergies avec les CPTS, les maisons et centres de santé et le service d'accès aux soins. Une filière gériatrique sans la CPTS du territoire reste une filière hospitalière.
- Prévoir une version publique. Usagers et élus sont associés à la démarche. Une synthèse lisible du plan, publiée et datée, sert à la fois l'information des habitants et la traçabilité demandée par l'ARS.
Votre plan d'actions sera lu par l'ARS. Vos filières seront-elles trouvées par les patients ?
Un GHT dont les filières n'existent qu'en PDF reste invisible pour Google, pour ChatGPT et pour les habitants du territoire. Nous regardons votre situation en 20 minutes, ou nous vous envoyons un audit gratuit de 2 pages.
Pourquoi l'éducation thérapeutique manque-t-elle au plan d'actions ?
Parce que la circulaire ne la mentionne nulle part et qu'aucun indicateur de l'annexe 2 ne la mesure. Elle se loge pourtant dans plusieurs items de la grille ANAP, et elle répond directement à un objectif que le texte affiche : limiter les hospitalisations évitables en renforçant la coordination avec les soins primaires.
Le paradoxe saute aux yeux. Les filières que les GHT structurent en priorité, gériatrie en tête, concentrent des patients atteints de maladies chroniques. Insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance rénale, bronchopneumopathie chronique obstructive : ce sont les pathologies pour lesquelles un programme d'éducation thérapeutique réduit les réhospitalisations. Le texte parle de parcours et d'hospitalisations évitables, sans jamais citer l'outil qui agit précisément sur ces deux sujets.
Côté cadre juridique, un point à garder en tête. Depuis le 1er janvier 2021, les programmes d'éducation thérapeutique relèvent d'une simple déclaration auprès de l'ARS, en application du décret n° 2020-1832 du 31 décembre 2020 et d'un cahier des charges fixé par arrêté du 30 décembre 2020. Le GHT n'ayant pas de personnalité morale, il ne peut pas déclarer un programme en son nom : le promoteur reste un établissement, en pratique l'établissement support ou celui qui porte la filière. Chaque programme est évalué tous les quatre ans. Le détail figure dans notre article sur l'éducation thérapeutique en France, entre cadre et réalité de terrain.
Rien n'empêche en revanche d'inscrire l'ETP dans le plan d'actions, à travers les items que la grille interroge déjà.
| Item de la grille ANAP | Traduction en éducation thérapeutique |
|---|---|
| Filières structurées du projet médico-soignant | Un programme commun par filière chronique, à la place d'un programme par établissement |
| Plan commun d'amélioration de la qualité | Des supports d'information patient identiques dans tous les sites, relus et datés |
| Plan de formation consolidé | La formation de 40 heures exigée des intervenants, organisée une fois pour tout le groupement |
| Agents en temps partagé | Une infirmière d'éducation thérapeutique intervenant sur plusieurs sites du GHT |
| Applications communes du système d'information | Un outil unique de gestion des programmes, des ateliers et des évaluations quadriennales |
| Synergies avec les CPTS et la ville | Une continuité éducative après la sortie, portée avec les CPTS, elles aussi habilitées à promouvoir des programmes |
Le point concret pour l'encadrement : l'harmonisation des supports remis aux patients est l'action d'éducation thérapeutique la plus rapide à engager à l'échelle d'un GHT. Elle ne demande ni déclaration nouvelle ni recrutement. Elle entre dans deux items de la grille et se mesure sans difficulté. Un patient insuffisant cardiaque qui reçoit la même fiche à l'hôpital de proximité, au centre hospitalier support et chez son pharmacien entend enfin un discours unique.
Sur les outils eux-mêmes, voir nos articles consacrés aux fiches et supports d'éducation thérapeutique et à ce que le patient retient d'une fiche d'information remise en consultation. L'organisation des sessions à l'échelle de plusieurs sites est présentée dans la démonstration du logiciel de gestion des programmes et ateliers ETP. L'offre dédiée aux établissements publics est décrite sur notre page fiches ETP pour les CH et CHU.
Quelle différence entre un GHT, une CPTS et un contrat local de santé ?
Les trois dispositifs se superposent souvent sur le même bassin de vie. Ils ne mobilisent ni les mêmes acteurs ni les mêmes financements, et la circulaire de 2026 pousse explicitement le premier à travailler avec le deuxième.
| Critère | GHT | CPTS | Contrat local de santé |
|---|---|---|---|
| Base légale | Articles L. 6132-1 et suivants du CSP | Article L. 1434-12 du CSP | Article L. 1434-10 IV du CSP |
| Adhésion | Obligatoire pour les hôpitaux publics | Libre, à l'initiative des professionnels | Facultative, signée par l'ARS et une collectivité |
| Membres | Établissements publics de santé | Professionnels de santé de ville, structures d'exercice coordonné | ARS, collectivité, partenaires institutionnels |
| Personnalité morale | Aucune, un établissement support agit pour tous | Association loi 1901 dans la quasi-totalité des cas | Aucune, il s'agit d'un contrat |
| Financement | Budgets des établissements, aides ARS conditionnées | Assurance maladie, via l'accord conventionnel interprofessionnel | ARS, essentiellement sur le temps de coordination |
| Objet | Gradation des soins hospitaliers et mutualisation des fonctions | Accès au médecin traitant, soins non programmés, parcours de ville | Prévention, accès aux soins, santé mentale, médico-social |
Le détail de chaque dispositif figure dans nos articles sur le contrat local de santé et sur la CPTS. Leur articulation d'ensemble, avec le rôle pivot de l'ARS, est décrite dans notre analyse de la politique locale de santé en France.
Pourquoi un GHT reste-t-il invisible pour les patients ?
Faites l'essai. Demandez à un patient hospitalisé dans un centre hospitalier de taille moyenne à quel GHT appartient son établissement. Il ne le saura pas, et c'est logique : le site internet de l'hôpital ne le mentionne souvent qu'en pied de page, quand il le mentionne. Posez ensuite la question à ChatGPT ou à Gemini, par exemple « où me faire suivre pour mon insuffisance cardiaque autour de telle ville ». La réponse cite au mieux le CHU de la région, rarement la filière graduée que le GHT a mis cinq ans à construire.
Le projet médico-soignant partagé, document central du groupement, est presque toujours un PDF interne. Les filières, les consultations avancées et les équipes de territoire n'existent pas en texte lisible sur le web. Or ce sont exactement les informations qu'un patient cherche et qu'une IA générative a besoin de trouver pour orienter correctement. Nous avions mesuré ce décalage dans notre audit du contenu patient des CHU.
Les corrections qui changent la donne
- Une page dédiée au GHT sur le site de l'établissement support, listant les établissements membres, les communes couvertes et les filières, avec un lien depuis chaque établissement partie.
- Une page par filière graduée, en texte réel : qui prend en charge quoi, sur quel site, avec quelles consultations avancées et quels contacts.
- Un balisage schema.org associant les types
HospitaletMedicalOrganization, la relationparentOrganizationvers l'établissement support, les départements médicaux endepartmentet la zone desservie enareaServed. - Une synthèse publique du plan d'actions, datée et signée. Elle répond à l'exigence de transparence de la circulaire, et c'est le document qu'une IA citera.
C'est le travail que nous menons pour les établissements publics dans notre offre de visibilité numérique des CH et CHU, selon la méthode décrite dans notre article sur le SEO, l'AEO et le GEO appliqués au secteur de la santé. Les mêmes principes valent pour les structures de ville, avec nos offres dédiées aux MSP et CPTS et aux contrats locaux de santé.
Un GHT organise l'accès aux soins hospitaliers de plusieurs centaines de milliers d'habitants. Qu'aucun d'eux ne puisse le trouver relève d'un défaut éditorial, et il se corrige en quelques semaines, bien avant le premier point d'étape avec l'ARS.
Quelles questions reviennent le plus souvent sur les GHT ?
Un hôpital public peut-il quitter son GHT ?
Non. L'appartenance à un GHT est obligatoire pour tout établissement public de santé, sauf dérogation accordée par le directeur général de l'ARS en raison de la spécificité de l'établissement dans l'offre de soins du territoire. Un établissement peut en revanche changer de groupement lors d'une révision de périmètre. La circulaire du 29 juillet 2026 autorise ces révisions au cas par cas, à condition de ne pas augmenter le nombre de GHT dans la région.
Une clinique privée peut-elle intégrer un GHT ?
Pas en tant que membre. Seuls les établissements publics de santé sont parties à la convention constitutive, avec, sur option, les établissements médico-sociaux publics. Une clinique ou un établissement privé d'intérêt collectif peut coopérer avec le GHT par une convention de partenariat, sans siéger dans ses instances. La Cour des comptes recommandait en 2020 d'associer davantage les établissements privés de psychiatrie chargés de missions de service public.
Qu'est-ce qu'un établissement support de GHT ?
C'est l'établissement désigné dans la convention constitutive pour exercer, au nom de tous les membres, les fonctions que la loi impose de mutualiser : achats, système d'information convergent, département d'information médicale de territoire, coordination des écoles et des plans de formation. Son directeur préside le comité stratégique du groupement. Il s'agit le plus souvent du centre hospitalier le plus important du territoire.
Un GHT dispose-t-il d'un budget propre ?
Non. Le GHT n'a pas de personnalité morale : chaque établissement conserve son budget et son état prévisionnel des recettes et des dépenses. L'article L. 6132-5-1 du code de la santé publique permet toutefois aux membres, sur autorisation de l'ARS, d'adopter un programme d'investissement et un plan global de financement pluriannuel uniques, de mettre en commun leur trésorerie ou de signer un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens unique.
Qu'est-ce qu'une direction commune dans un GHT ?
Une direction commune confie la direction de plusieurs établissements à un même directeur et à une même équipe de direction, chaque établissement gardant sa personnalité juridique et son conseil de surveillance. Au 1er janvier 2026, un quart des 136 GHT fonctionnait sous une direction commune couvrant toutes leurs activités sanitaires. La circulaire du 29 juillet 2026 demande d'en créer une à chaque vacance de poste.
Quelle est la date limite de l'autodiagnostic des GHT ?
Le 15 novembre 2026. L'autodiagnostic se remplit en ligne sur le questionnaire de maturité de l'ANAP, avec un compte unique par groupement. Le plan d'actions de consolidation de l'offre publique doit suivre avant le 15 janvier 2027, avec des premières réalisations attendues début 2027 et un point d'étape avec l'ARS tous les six mois.
Quel lien entre un GHT et une CPTS ?
Le GHT organise l'offre hospitalière publique, la CPTS organise les soins de ville sur un bassin de vie. Les deux se rencontrent sur les parcours : sorties d'hospitalisation, soins non programmés, filières gériatriques, maladies chroniques. La circulaire du 29 juillet 2026 demande aux GHT de renforcer leurs synergies avec les CPTS, les maisons et centres de santé et le service d'accès aux soins.
Un GHT peut-il porter un programme d'éducation thérapeutique ?
Pas directement, faute de personnalité morale. Depuis le 1er janvier 2021, un programme d'éducation thérapeutique est déclaré à l'ARS par un promoteur doté de la personnalité juridique, qui peut être un établissement de santé, une maison de santé, une CPTS ou une association. Au sein d'un GHT, l'établissement support ou l'établissement qui porte la filière déclare le programme, que les autres membres peuvent ensuite partager.
Sources
- Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, Circulaire n° DGOS/GOUV/2026/105 du 29 juillet 2026 relative aux groupements hospitaliers de territoire, Bulletin officiel santé, et texte intégral avec ses deux annexes (PDF). Calendrier, équipes médicales de territoire, directions communes, évaluation des chefs d'établissement, grille d'autodiagnostic et indicateurs. Consulté le 3 octobre 2026.
- ANAP, Questionnaire de maturité des GHT, outil de saisie de l'autodiagnostic. Consulté le 3 octobre 2026.
- Légifrance, Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, article 107 créant les groupements hospitaliers de territoire. Consulté le 3 octobre 2026.
- Légifrance, Code de la santé publique, articles L. 6132-1 à L. 6132-7 sur les groupements hospitaliers de territoire, article L. 6132-3 sur les fonctions mutualisées et article L. 6132-5-1 sur les options d'intégration financière. Consulté le 3 octobre 2026.
- Légifrance, Loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l'organisation et à la transformation du système de santé. Consulté le 3 octobre 2026.
- Légifrance, Rapport au Président de la République relatif à l'ordonnance n° 2021-291 du 17 mars 2021 relative aux groupements hospitaliers de territoire et à la médicalisation des décisions à l'hôpital. Consulté le 3 octobre 2026.
- Fédération hospitalière de France, Groupement hospitalier de territoire et médicalisation des décisions à l'hôpital. Commission médicale de groupement, décrets du 27 mai 2021. Consulté le 3 octobre 2026.
- Inspection générale des affaires sociales, Claude Dagorn, Dominique Giorgi et Alain Meunier, Bilan d'étape des groupements hospitaliers de territoire, rapport n° 2019-034R, décembre 2019. Enquête auprès de 121 GHT, filières des projets médicaux, périmètres, population couverte, mutualisations. Consulté le 3 octobre 2026.
- Cour des comptes, Les groupements hospitaliers de territoire, exercices 2014 à 2019, communication à la commission des affaires sociales du Sénat, 8 octobre 2020. Consulté le 3 octobre 2026.
- Weka, La Cour des comptes invite à renforcer l'efficacité des groupements hospitaliers de territoire, 30 octobre 2020. Synthèse des huit recommandations. Consulté le 3 octobre 2026.
- Inspection générale des finances et Inspection générale des affaires sociales, « Face à la gravité de la situation financière des hôpitaux publics, renforcer l'efficience par une intégration territoriale », septembre 2025, cité par la circulaire du 29 juillet 2026.
- Environnement santé politique, Les GHT ont 10 ans, c'est l'heure du bilan, 18 septembre 2026, reprise d'une dépêche Hospimedia du 17 septembre 2026. Positions des conférences de présidents de CME, de directeurs de CH, de directeurs généraux de CHU et de doyens. Consulté le 3 octobre 2026.
- Légifrance, Décret n° 2020-1832 du 31 décembre 2020 relatif aux programmes d'éducation thérapeutique du patient. Passage au régime de déclaration. Consulté le 3 octobre 2026.
- ARS Grand Est, Programme ETP : mettre en place, déclarer, financer et évaluer. Promoteurs habilités, coordination, évaluation quadriennale. Consulté le 3 octobre 2026.
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